Champion de France en 1935 et 1938, finaliste de Coupe d'Europe en 2003. Comment un club ouvrier glisse au troisième échelon, et comment il se reconstruit.
Le 13 mai 2023, à l'issue d'une saison de Ligue 2 fragile sportivement et inquiétante financièrement, le FCSM apprend qu'il sera rétrogradé en National 2 par la DNCG. Pour un club fondé par Jean-Pierre Peugeot en 1928, double champion de France et finaliste européen vingt ans plus tôt, la chute paraît irréelle.
Elle ne l'est pas. Elle s'inscrit dans une décennie où la trajectoire n'a cessé de s'incurver vers le bas, accélérée par la cession à Ledus en 2015, par les difficultés du fonds chinois, par la perte progressive d'investissements industriels du tissu local.
Sochaux n'est pas un club ordinaire. Il a été conçu, à l'origine, comme un outil d'animation ouvrière, dans la lignée des modèles paternalistes des années 1920–1930. L'usine Peugeot finançait, l'usine recrutait des joueurs, l'usine portait le projet sportif. Cette filiation industrielle a façonné une identité durable, jusque dans les couleurs jaune et bleue empruntées à la marque automobile.
L'âge d'or sportif est ancien (titres de 1935 et 1938) puis renouvelé dans les années 2000 (Coupe de France 2007, demi-finale UEFA 2003). Mais l'ancrage industriel, lui, s'est érodé : Peugeot ne soutenait plus le club depuis longtemps lorsque la dégringolade s'accélère.
La saison 2023–24 est celle du choc : National 2, et un classement qui condamne l'équipe à descendre encore. Le FCSM joue, en 2024–25, en Régional 1, à un niveau qu'il n'avait plus connu depuis ses débuts.
« On a continué à venir. Les jours de match, on faisait nos kilomètres jusqu'à des stades de village. Le club, c'est nous, pas le tableau. »
Le redressement passe par la consolidation administrative, la stabilisation budgétaire, et un effectif construit à coût contrôlé. La remontée s'opère immédiatement à l'issue de la saison régionale, par une victoire en finale d'accession N3.
Le FCSM retrouve donc en 2025–26 le troisième échelon, deux ans après l'avoir quitté par le bas. La saison se déroule sous le signe de la prudence. L'objectif affiché est le maintien serein, avec une projection à moyen terme vers la Ligue 2 — Ligue 3 désormais — d'ici trois saisons.
Le stade Auguste-Bonal, intact, reste le rappel le plus tangible de l'histoire. Les jours de match, la tribune est moins remplie qu'au début des années 2000, mais l'ambiance n'a pas changé. C'est ce qui n'a pas glissé avec les divisions.